Biographie

© Tadeusz Rolke

Eustache Korwin-Kossakowski, né à Varsovie en 1925, est originaire d’une ancienne famille aristocratique, jouissant – fait assez rare – d’une propre tradition photographique. Son grand-père, le comte Stanisław Kazimierz Kossakowski (1837-1905), fut l’un des fondateurs de la Société photographique de Varsovie et laissa à la postérité soixante volumineux albums conservés au Musée Ciurlonis de Kaunas, montrant la vie de manoir en Lituanie au tournant du XXe siècle. Son père, le célèbre chirurgien pédiatre Jan Eustachy Kossakowski (1900-1979) s’adonnait à la photographie durant son temps; une chambre noire de fortune était installée au domicile familial. C’est là que durant la Seconde Guerre mondiale, Eustache Kossakowski fit l’apprentissage de la photographie.

Après des études d’architecture inachevées à l’École polytechnique de Varsovie, Eustache Kossakowski commença sa carrière professionnelle en 1957, au sein du périodique illustré Zwierciadło (Le Miroir), en tant que photographe de mode et photoreporter. Sa rencontre avec Tadeusz Rolke, un jeune photographe alors déjà connu et expérimenté, marqua un tournant dans sa carrière. Rolke le fit engager en 1959 à Stolica (La Capitale), un hebdomadaire chargé de suivre le reconstruction de Varsovie. Dans l’atmosphère du Dégel politique, tous deux contribuèrent à moderniser la ligne éditoriale du périodique en proposant un nouveau style de reportage, inspiré par les photographes humanistes français et les membres de l’agence Magnum. Les vues documentaires des chantiers laissèrent davantage la place à de vivants reportages montrant les varsoviens dans leur vie quotidienne.

En 1960, Eustache Kossakowski intégra la prestigieuse Union des Artistes Photographes Polonais, qui lui offrit la possibilité de participer avec les meilleurs photographes polonais à des expositions nationales et internationales. Lors de ces manifestations, il obtint régulièrement des prix, comme pour les photographies le Linge en 1959 ou les Enfants aveugles en 1961.

En 1960 également, il devint le collaborateur du magazine Polska. Publié dans plusieurs langues, ce mensuel constitua une vitrine attrayante de la Pologne socialiste pour l’étranger. Les photographies y étaient mises à l’honneur par le biais de reproductions en grand format et en héliogravure. C’est à cette période qu’il réalisa ses grands cycles sur les paysages industriels et les vestiges des camps de concentration nazis.

Au cours des années 1960, tout en continuant son activité de photoreporter, Eustache Kossakowski élargit son champ d’action en établissant des liens avec de nombreux acteurs de la scène artistique polonaise. Il effectua dès 1964 plusieurs collaborations étroites avec le sculpteur Edward Krasiński photographiant ses installations pendant les montages. À partir de 1966, au moment de la création de l’avant-gardiste galerie Foksal, il pérennisa photographiquement les expositions et les recherches d’artistes tels que Henryk Stażewski, Tadeusz Kantor, Włodzimierz Borowski… Il constitua alors pratiquement l’unique documentation sur les happenings et certains spectacles de Tadeusz Kantor. Lors de cette période, il réalisa aussi la seule et unique dans l’histoire de sa pratique série de photomontages, dans laquelle il parvint à donner un saisissant contexte visuel à des projets d’architectures utopiques conçus à partir de sculptures d’Alina Ślesińska. Ces relations avec la scène artistique d’avant-garde culminèrent lors d’un projet d’exposition avec Edward Krasiński pour la galerie Foksal en 1970. Ce projet qui ne vit pas le jour, marqua également l’arrêt de la collaboration avec ladite galerie.

Ne pouvant trouver sa place en Pologne, il décida d’émigrer en 1970 avec Anka Ptaszkowska et choisit de s’établir en France. Fort de ses expériences passées tant professionnelles que celles au contact des artistes, il tourna définitivement le dos à la photographie humaniste, ou à l’«instant décisif» de Cartier-Bresson pour se diriger vers une photographie plus objective. Il formula alors de nouveaux concepts et établit de nouveaux protocoles de travail dont témoignent ses premières séries photographiques réalisées en France. Sa source d’inspiration privilégiée devint Paris, sa Petite ceinture, ou encore les chantiers qui remodelèrent l’aspect de la capitale au cours des années 1970. C’est alors que la célèbre série 6 mètres avant Paris vit le jour et fut exposée au musée des Arts décoratifs en 1971.

En France, il continua à entretenir des relations avec le milieu artistique français. Il fréquenta, entre autres, Pierre Restany, Daniel Buren, Niele Toroni et fut ami avec Raymond Hains. Photographe attitré du Centre Pompidou, puis du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, il constitua en outre une vivante documentation de nombre des expositions – celles de la Galerie 1-36, notamment – qui se tinrent à Paris dans les circuits alternatifs tout au long des années 1970 et 1980. Pour la seconde fois depuis les années 1960 en Pologne, il photographia le spectacle Apocalypsis cum figuris de Jerzy Grotowski, à Venise. Le 30 août 1976, il se maria avec Anka Ptaszkowska.

La période française fut aussi l’occasion de nombreux voyages à l’étranger, à New York, en Italie, en Tunisie, suscitant la réalisation de séries en couleur dans la perspective d’une réflexion sur la couleur en photographie. Au cours de cette période, son travail de recherches personnelles se concentra par ailleurs autour de la question de l’appréhension de la «lumière en tant qu’objet». L’important album Lumières de Chartres couronna ses investigations et connut, lors de sa publication en 1989, une reconnaissance critique et publique immédiate. Ce succès fut suivi d’autres projets éditoriaux (Pompéi : demeures secrètes). Jusqu’à sa disparition en 2001, il partagea les dernières années de sa vie entre la France, l’Italie et surtout la Pologne. À Brok, un village situé au bord de la rivière Bug, à 90 kilomètres à l’est de Varsovie, il réalisa ses dernières séries photographiques et se consacra à la reconstruction d’une vieille maison en bois visitée par les cigognes.

Bibliographie

  • J. Gumkowski, A. Rutkowski (textes historiques et sélection des documents d’archive et des photos), Eustachy Kossakowski (photos), Treblinka, wyd. Rada ochrony pomników walki i męczeństwa, Warszawa
  • Gérald Gassiot-Talabot (texte), Eustachy Kossakowski (photos), La Grande Borne à Grigny. Ville d’Emile Aillaud, éd. Hachette, Paris, 1972
  • Zofia Kossakowska-Szanajca (texte), Eustachy Kossakowski (photos), August Zamoyski, wyd. Arkady, Warszawa, 1974
  • Michel Belloncle (texte), Eustachy Kossakowski (photos), La ville et son eau. Paris et ses fontaines, éd. Serg, Paris, 1977
  • Jean Jenger (préface), Françoise de Franclieu (introduction et catalogue raisonné), Eustachy Kossakowski (photos), Le Corbusier, sculptures, éd. Philippe Sers, Paris, Paris , 1984
  • Anne Prache (texte), Eustachy Kossakowski (photos), Lumières de Chartres, éd. Jean-Claude Lattès, Paris, 1989
  • Pierre Grimal (texte), Eustachy Kossakowski (photos), Pompéi. Demeures secrètes, éd. Imprimerie Nationale, Paris, 1992

Catalogues des expositions collectives

  • Dominique Szymusiak (sous la dir.), Avant-gardes polonaises. Dialogues historiques depuis Malévitch, Editions Snoeck, Gand, 2006

Émissions de radio et de télévision, film

  • Émission de Bernard Pivot sur Antenne 2, Apostrophes, avec E. Kossakowski présentant Lumières de Chartres, vendredi 22 décembre 1989
  • Émission de Christine Ockrent sur France 3, A la Une sur la 3, présentation de Pompéi. Demeures secrètes, lundi 16 novembre 1992
  • Émission Panorama de France-culture, présentation de Pompéi. Demeures secrètes, mardi 19 janvier 1993
  • Anira Wojan, Paweł Szanajca, Eustachy. Projekt (un film sur Eustachy Kossakowski, le photographe), Production Filmotwórnia, Varsovie, 2004

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